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Bonjour, je me présente : Christiane Lemez, je suis peintre et plasticien et j’ai présenté à ce titre une thèse à la Sorbonne sur l’icône nouvelle. De là est née une recherche qui de Lascaux à Byzance jusqu’à Duchamp m’a entraînée sur des chemins nomades à travers la trouée de l’image. Les signes plastiques qui s’attachent à l’idée d’icône sont devenus mon leit-motiv. Mes interrogations se sont portées sur l’art comme sacre de la vie. Ma pratique artistique s’est tournée vers la Genèse, retour aux sources où Dieu scelle de ses mains et de son souffle tout le mystère du Vivant.
C’est donc a travers ce champ sacré et ce double cursus de peintre et plasticien que mon travail a pris corps à travers une tradition et sa longue lignée de peintres. Philippe Lejeune m’a communiqué, l’enseignement qu’il a reçu de Souverbie et de Maurice Denis dans les ateliers d’art sacré. Néanmoins ma recherche esthétique et théologique sur l’icône à la Sorbonne a offert à ma pratique artistique, un espace dialectique entre tradition et modernité à travers les arts plastiques.
C’est cette dialectique d’écartèlement qui nourrit mes propositions plastiques. J’en retiens en premier lieu les icônes bien sûr, mais aussi les champs colorés de Rothko, l’ascétisme de Barnett Newman, l’éclatement des figures de Manessier, la figuration nouvelle de Gérard Garouste que j’ai pu rencontré comme Pierre Buraglio autour du silencieux oratoire de Bretonneau. Tous ces peintres d’ailleurs à travers leurs œuvres comme leurs écrits, sont en quête d’une voie sacrée.
Ma recherche d’icône nouvelle s’est donc inscrite entre héritage et mutation, entre IKON et EIDOS, c’est à dire IDEE au sens grec de forme intérieure. L’icône est comme le dit Michel Quenot dans son livre, une fenêtre sur l’absolu. Les symboles, les indices iconiques, les couleurs codifiées des icônes m’ont permis à ce titre de trouver un champ sémantique indispensable à mes projets plastiques. Mon but est donc de déployer mes propositions plastiques à la théologie et l’esthétique des icônes et de conduire mon travail vers un vivant recel.
En premier lieu, on peut se poser la question : qu’est ce qu’une icône ? En s’appuyant sur un dictionnaire d’esthétique, l’icône vient du grec et veut dire image. C’est une image sacrée chrétienne de tradition orientale et tout particulièrement byzantine en usage dans l’église orthodoxe. Elle se distingue de la peinture religieuse par sa fonction liturgique. Elle est donc soumise à des règles strictes et codifiées, tant sur le plan technique que dans les sujets traités où sur un plan formel elle se trouve unie aux textes bibliques. Un iconographe est avant tout celui qui écrit en image.
En l’état, mon travail n’est pas au sens premier, une icône orthodoxe, mais il s’appuie sur toutes les codifications des icônes pour ouvrir un champ à une icône nouvelle et je vais m’en expliquer. Si nous prenons en considération la première icône, la Vera Icona, ou encore le Mandylion, nous trouvons un même geste fondateur. La première icône, la Véronique est l’empreinte du visage du Christ déposé sur un linge. C’est de cette empreinte qu’est née l’icône, ainsi que mon projet. J’ai cherché à travers un geste fondateur, l’empreinte qui soutient mon inspection du monde.
J’ai déplacé l’icône orthodoxe dans un autre corpus où se dessine dans la trace du vivant, le sceau de la Création divine, là l’univers devient icône. Puissant vestige, l’empreinte s’offre à la Création tout entière, la traverse de part en part, de la Genèse où le monde fût créée jusqu’à nos jours. La théologie des icônes n’offre pas de résistance à cette image puisque l’empreinte fonde la première icône. « L’icône n’est d’ailleurs pas un portrait, nous dit Marie José Mondszain, chercheur au CNRS ; elle est l’empreinte, trace de la grâce dans un corps humain, elle n’en figure pas l’opacité mortelle, mais l’éternel éclat. »
Cet éternel éclat de la Genèse en marche dans l’image, je l’ai cherché comme le philosophe Heidegger qui nous parle de « la divinité cachée dans les choses » et même entre les choses à travers des images de double fond, que ce soit à travers l’empreinte du Vivant, les fonds d’or des icônes reflétant l’infinité, ou la cosmogonie du monde. Les mosaïques de Sainte Sophie de Constantinople ou celles de Ravenne nous révèlent d’ailleurs ce cosmos étonnant. Toute la création y est présente dans la lumière auréolant les mosaïques.
La nature réconciliée s’y inscrit sur fond de coupole. Dans le berceau du ciel, le loup dort avec l’agneau et les feuilles d’acanthes dansent avec les étoiles. Nous trouvons également dans les premières icônes de Macédoine du IV siècle, des icônes de terre cuite portant les figures symboliques du cerf à la fontaine de vie, de la vigne, de la croix de Constantin ou du lion et encore Saint Christophe et saint Georges ou Daniel dans la fosse aux lions entre autre.
Il s’agit bien là, dans tous ces cas de figures, que ce soient les mosaïques ou la terre cuite, d’icônes, dans toute l’acceptation orthodoxe, car comme le rappelle le théologien et iconographe Léonide Ouspensky, il faut avoir en vue une acceptation globale de l’icône à travers la peinture sur planche, les fresques, les sculptures et les mosaïques.
Nous pouvons observer aussi au fil du temps, et toujours autour de canons précis, des icônes en pleine mutation. Il suffit de regarder les icônes du XIV siècle avec leur revêtement en argent orné de motifs géométrique et végétal ou celle du XVIII siècle recouvertes de pierreries pour comprendre combien l’icône reste ouverte à la création.
C’est pourquoi l’icône est un véritable terreau artistique. Matisse l’a pressenti dans ses Ecrits et propos sur l’art, il dit combien il a été touché par les icônes lors d’un voyage en Russie. Il parle même, d’une véritable révélation venue d’Orient et de la peinture byzantine lorsqu’il se trouvait devant les icônes de Moscou.
Il y découvre les signes qu’il cherche, un signe pour chaque chose, « un signe, qui peut avoir, dit il, un caractère religieux, sacerdotal, liturgique ou simplement artistique. » Les signes, la fascination des couleurs, la lumière intérieure des icônes, l’ont sûrement aidé à façonner les fresques, les vitraux, le matériel liturgique et les revêtements de la chapelle de Vence qu’il a conçu dans les moindres détails. D’ailleurs la face blanche de Saint Dominique n’est autre qu’un miroir intérieur. Là comme l’icône, le visage se déprend pour une empreinte plus intérieure encore, comme le Saint des Saints des hébreux : le débîr, entièrement vide où rien ne pouvait tenir lieu de l’ineffable présence. L’icône nous dirait alors l’indicible à travers un sceau qui soutient la Présence
C’est ce même leitmotiv qui occupe l’espace de mes toiles, trouver la lumière, la couleur, la trace indicielle du divin et les signes iconiques qui auscultent la matière, en tire son essence pour donner à voir un monde relier dans toute l’acceptation de l’étymologie du mot religion.
De plus, mes propositions plastiques rejoignent l’église orthodoxe quant elle bénie les lacs, la terre, les rivières, les fleurs et toute la nature environnante. Mon travail trouve comme les iconographes et comme les land artistes d’aujourd’hui, toute son expression à travers le monde naturel. Car l’icône est cosmogonie du monde à travers le bois qui la compose, les enductions appelé levkas à base de colle de poisson mélangée à la craie ou la poudre de marbre, les liants à base d’œuf et de résine, mais aussi à travers l’or en feuille, les couleurs végétales et minérales. Tous ces composants sont l’expression du cosmos à travers les différents règnes qu’ils soient : minéral, végétal et animal. L’icône devient alors, selon l’expression orthodoxe, le microcosme qui représente la perfection du macrocosme.
L’icône nouvelle est donc devenue dans mes projets, l’expression d’un nouveau langage à la recherche du monde et de son principe universel, là il me semble lire la transparition des figures et des choses au cœur de la Genèse et son jardin virginal. Là, la Création est intimement lié à son Créateur.
L’icône est aussi un vivant recel pour l’art contemporain à travers la puissance de synthèse que celle-ci offre : du visible à l’invisible, de la figuration à l’abstraction, de la matérialité à l’immatérialité, du circonscriptible à l’incirconscriptible, jusqu’au dépli de l’empreinte qui est la trace d’une présence. L’icône offre une figure infinie dans cette mise en abîme des images. Il me semble qu’à ce titre, elle réconcilie Orient et Occident à travers les figures et les formes. La présence semble avant tout être la clef de voûte au-delà de la représentation ou l’absence de représentation, même si aujourd’hui encore, le chemin reste à faire entre iconophile et iconoclaste. La querelle des images aussi virulente fût-elle au VIIIè et IXè siècle a permis le triomphe du visible, et a donné son statut aux icônes. Ce statut est défini par les Pères de l’Eglise, et infini dans le corpus des figures où dialogue l’icône. Loin des figures archétypales représentées, l’icône offre un visage illimité, j’y cherche une forme deLiturgie vivante.
La mosquée par son vide est évocation divine. « Le verset du Coran en caractères coufiques qui fait le tour de la coupole -où figure le nom de Dieu- est-il une image ou une simple inscription ? »[1] La négation d’une image aussi solennelle se transforme t-elle en image ? Quant à l’icône, les principaux aspects théoriques et pratiques consistent à « écrire en couleurs le nom de Dieu. »[2] Brèche dans l’espace, infinité d’un nom en lettre ou en couleur. Célébration du monde divin sur terre, l’icône est liturgie, du grec leitos : public et ergon, œuvre. Le mot liturgie veut dire « œuvre commune ». En ce sens ma recherche sur l’icône est la quête d’une vision liturgique du monde où tout semble collaborer dans l’invisible. Pour autant, l’icône est aussi une œuvre de terre, elle n’est pas désincarnée, on le voit à travers l’ocre des visages. Le visage du Christ, nouvel Adam, de l’hébreu adamah : terre ne saurait être attribué à l’une ou l’autre race. Il appartient nous dit Michel Quenot à l’humanité entière qu’il récapitule.
Voilà, c’est donc à travers ce partage de donnés que je vais vous montrer les figures que mon idée d’icône reprend à travers un diaporama.
I BEAUCE
Ce qui a forgé mon œil de peintre c’est la Beauce cette étendue plate faite de ciel et de mosaïque de champs. Ce paysage abstrait est une suite de variations infinies. Dans mon travail plastique, je peux parler d’une communion de nature entre cet espace infini et le fond d’or des icônes. Le travail que je présente sur le blé est une analogie entre le blé, le pain et l’homme, entre l’icône et la blondeur de ses fonds d’or. Tout blé est une métaphore nous dit d’ailleurs Manessier.
La Beauce est un réservoir d’images. J’ai appris dans cette étendue plate et vide, à explorer les signes qui revêtent les formes, monde imperceptible, microcosme où l’on peut lire la beauté du macrocosme même à travers une minuscule fleur de blé que vous voyiez sur cette diapositive. La Beauce est une image du vivant, un paysage comme l’icône plus intérieur encore.
----------Yan Artus Bertrand----------
Cette terre de Beauce est aussi abstraite que les fonds d’or des icônes ou leur perspective inversée qui englobe le cosmos tout comme ces photographies aériennes de Yan Artus Bertrand qui traitent des figures de l’espace ou cette carte de Jaspers Johns qui ressemble à un vrai patchwork de couleurs.
2 JARDIN
Sur cette nouvelle diapositive, trois figures comme un triptyque révèlent les étapes de mon travail. Les carrés présentés configurent l’espace d’un jardin. Le premier s’attache à la terre ocre Adamah dont a été tiré Adam au premier jour de la création. Le centre évidé représente la Création en gestation, et laisse place à l’homme et à la création.
Le deuxième élément de ce triptyque, de dominante rouge donne à voir un jardin où s’inscrit l’Annonciation, la matière et le verbe qui se fait chair à travers ce limon rouge.
Le troisième élément du triptyque est blanc et redonne à la création à travers sa lactescence, l’idée d’un retour au jardin virginal. Il représente la Jérusalem Céleste et un monde consommé à des temps nouveaux.
3 Voile-végétal
L’icône est une empreinte. Dans ce voile se cache l’empreinte naturelle du monde et la présence d’un tracé configure le Christ en croix, mais comme dans l’icône orthodoxe de la crucifixion, le corps est sans tension, la mort est consommée et le Christ est appelé alors Maître de la Vie.
La lumière à travers les réseaux du voile est présente et laisse apparaître à travers le végétal, cette « couleur lumière » chère à Matisse. Pure Matière, elle laisse entrevoir l’empreinte d’un corps unit au cosmos qui représente à la fois la Trace d’une présence et d’une absence dans l’indéfinition d’un contour où s’évanouit le tracé du corps. Cette installation donne à voir la figure du Maître de la Vie où la lumière se double d’un signe visible. Théophanique, signe visible de la présence invisible l’icône orthodoxe dépasse le peintre et le spectateur.
4 VOILE-Penone
Ce voile qui s’imprime sur l’écran partage l’espace indivi d’un corps. Partition pellucide comme la Mariée du Grand Verre de Duchamp où nous dit Jean Suquet « la transparence est ouverte à l’infini comme une constellation de points de fuite permettant de s’évaporer dans l’éternité d’une dimension qu’on ne voit pas.»
Là, comme l’arbre type du Grand Verre de Duchamp, la colonne vertébrale de Giuseppe Penone que nous pouvons voir à côté du voile peint, une figure vient doubler l’ensemble : la verticale. Elle fait référence à une phrase de Matisse : « La verticale est dans mon esprit. » Le corps dessiné sur le voile s’ouvre ainsi au cosmos comme les mosaïques de Sainte Sophie.
5 ARBRES, ARC EN CIEL
Comme on vient de le voir, les arbres et l’homme partagent une même verticalité. L’arbre se nourrit comme l’être humain d’humus et de lumière. Le végétal qui partage l’espace de ce travail témoigne de ce chemin où la lumière solaire renvoie un champ prismatique de couleurs à l’image de l’arc en ciel. Chemin de lumière, l’homme comme l’arbre sont au cœur de l’espace et du temps.
---------Arbre Bleu------
Fiat Lux : et la lumière fût, icône d’une première heure dans un bleu entre ciel et eau où la lumière sépare les ténèbres. L’eau jaillit, la terre émerge, un scion rougit de vie, une double liane à l’image de la symbolique Romane préfigure l’homme et la dualité, lorsque Adam sortit du paradis. Cette proposition fait référence aussi à Noé, au déluge, lorsque la colombe ramène un rameau.
Bleu : Parallèlement sur l’image de droite, l’ombre de vie s’éclaire, la double liane s’illumine comme un nouveau printemps.
-------Arbre vert --------
Le vert dans l’icône fait corps souvent avec le rouge pour inscrire les formes dans la matière et dans le terrestre. L’arbre vert est ce rappel, nous sommes comme lui tissé d’humus à l’image de l’étymologie où s’enracine le mot humain. L’arbre est une trame universelle.
-------Arbre rouge-------
Cette toile bordée de rouge représente la passion. Un tourbillon de feuilles mortes s’envole, il représente l’ancien testament. Au centre un arbre à peine ébauché, laisse la place au monde à venir à travers les évangiles.
Du rouge au bleu, l’obscurité descend j’ai appelé ce voile d’icône : neuvième heure dans ce dernier bain de couleur. Un tronc nu abandonne les formes accomplies qui attendent un printemps renaissant à travers le voile qui se déchire.
Le dernier arbre repose sur du violet et symbolise l’amour sacrifié.
Chemin de lumière, ces arbres qui ont bordés les colonnes de l’église de Dourdan pour un chemin des rameaux à Pâques, symbolisent le chemin des hommes à travers cette lumière solaire qui comme l’Arbre s’étire vers la lumière, partage un même humus et va du vert bois au plus grand dépouillement. Ce chemin parle de Vie de mort et de résurrection à travers la Pâques.
-------- Arbre Blanc--------
Les arbres blancs comme La colonne sans fin de Brancusi représentent l’infini. Cette empreinte de lumière résorbe à travers le blanc la somme optique de toutes les couleurs, et l’unité retrouvée. Blancheur éblouissante du mont Thabor Transfiguration, blancheur des icônes de la Résurrection.. « Dans les icônes la couleur est pensée comme une lumière condensée. » Pour moi, le blanc est le retrait de la couleur dans la lumière.
Ici l’arbre est un figuier, il symbolise le Christ. Le Figuier se double d’une empreinte, trace d’une présence et d’une absence comme dans l’icône de Pâques à l’image du Christ et du tombeau vide. L’arbre de Vie épuré en une unique verticale est ce chemin à suivre entre terre et ciel.
6 DANSE DU MONDE
Sur ce montage se trouve une toile qui m’a été commandé pour les dix ans de la cathédrale d’Evry. Cette toile mesure 14 mètres de long sur 3 m de haut. Elle tient compte des paramètres de l’architecture à travers l’étude des lieux. Elle épouse la rotondité de l’hémicycle, s’inscrit dans la brique et les couleurs des vitraux.
L’architecte Mario Botta s’est inspiré de l’architecture Byzantine et la lumière comme à sainte Sophie est venue perforée l’édifice. Un puit de lumière relie la cathédrale au soleil et aux étoiles.
J’ai redoublé mon projet de ce lieu d’élection pour le cosmos à travers le Cantique au soleil de saint François d’Assise, Hymne au soleil, à la lune et aux étoiles qui se glissent dans ce travail.
Les arbres plantés sur le front de la cathédrale se sont infiltrés dans mon projet. J’ai repris les couleurs des vitraux de Kim en Joong, et l’ocre rose de la brique afin de créer une unité de lieu. La brique ocre, élément majeur de l’édifice a pris place sur les colonnes montantes de la toile. Ces colonnes figurent le temps en scansions comme l’échelle de Jacob mais à l’horizontal. C’est pour ma part « l’horizontale qui met la verticale en demeure d’exister. »
Deux arbres sur leur panneau solitaire encadrent la toile à l’orée du monde. Ils renvoient l’image d’un premier jour où l’Alpha se trouve matérialiser par un pommier, arbre de la connaissance. Le dernier jour est lui à l’image de l’olivier, arbre de la paix. Oméga, il parachève la Création.
Danse du monde, en Eve l’humanité s’élance, tournant le dos au jardin d’Eden. L’humanité cueille au passage le ciel, la lune et les étoiles. Au centre un arbre s’emplit de vie, rouge comme le verbe se faisant chair. Une aube s’avance, l’humanité parait à une ère nouvelle. Nouvelle aurore où le monde pacifié se transfigure. Tous les temps et tous les lieux se résument dans cette toile comme d’ailleurs dans l’icône.
Les quatre éléments sont également présent à travers la terre ocre, l’air se traduit par le ciel et le souffle léger des couleurs mues sur les colonnes, l’eau lèche le bas de la toile, le feu dans un rouge incandescent inonde la composition.
7 ICH-IRH
Ce travail effectué à l’école d’architecture de Versailles épouse la forme d’un volume. Il est configuré par 2 fers plats soudés représentant l’axe du monde à travers la verticale à laquelle s’ajoute l’horizontale symbolisant le terrestre et le céleste. Des lettres enduites de levkas comme le sont les icônes, proposent un rébus répondant au nom du Christ. Ces lettres échancrent le Je et le Nous qui en Allemand se traduit par ICH et IRH.
Ce module fonctionne comme un gnomon et la lumière en est l’enjeu. Elle se pose sur la tranche des lettres sans ombre portée. Le mouvement du soleil dématérialise à certaines heures les lettres et la demie sphère s’éprend parfois d’un corpus abstrait où l’ombre passe comme l’ombre de Dieu : Tselem, et laisse paraître un corpus à l’image d’un corps humain. Cette figure semble alors enjamber l’espace.
8 CHARDONS
J’ai prélevé 5 chardons dans la montagne. Dans la symbolique, Le chardon représente les souffrances du Christ. Peins à même le bois, sans autre support, ces chardons seraient une simple représentation éprise de figuration.
Sur cette nouvelle diapositive, l’ajout de montants en bois donnent à voir la forme d’une croix. Les montants comme un cadran solaire balayent des ombres sur ce cadran blanc et donnent une idée d’espace et de temps englobant l’univers.
Le plexiglas qui vient s’ajouter au motif des chardons se pose en miroir réflectif. Il englobe à la fois celui qui regarde, l’espace environnant, le monde naturel et le cosmos comme le ferait la perspective inversée des icônes. Là dans ce consensus, et à l’image de Duchamp « c’est le regardeur qui fait le tableau. » Ainsi mon travail se tourne vers celui qui regarde et cherche à travers l’univers, une empreinte qui s’emplit des icônes à travers toutes leurs dimensions.
[1] Besançon, A., A l’origine était l’image, Dieu a-t-il une image, in Beaux arts, n° 106, nov. 1992, p.76.
[2] Titre d’une conférence de J. C. Roberti, publiée par le service orthodoxe de presse et d’information- supplément au SOP, n° 66, mars 1982.