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2010 septembre- Agriculture syndicalisme et foi Chrétienne

Agriculture syndicalisme et foi Chrétienne

 

L’agriculture peut se définir comme l’activité par laquelle les Hommes produisent à partir de la Terre les biens pour nourrir la Vie. Aujourd’hui les agriculteurs représentent 1% de la population active.

 

Je suis agriculteur en Société avec mon frère sur une exploitation céréalière de 350 hectares. L’exploitation moyenne en Ile de France est de 150-170 hectares.

 

Nous sommes actuellement dans une logique d’agrandissement des surfaces pour maintenir les revenus.

 

J’ai été Président des Jeunes Agriculteurs d’Ile de France pendant 4 années, je suis actuellement Président de la Fédération des Syndicats d’Exploitant Agricole d’Ile de France.

 

 

I) La Problématique agricole est complexe et multiple

 

Etre agriculteur c’est quinze métiers différents : éleveur, céréalier, maraîcher…

D’où des intérêts opposés, par exemple entre le secteur céréalier et le secteur de l’élevage. C’est le problème de la diversification de l’agriculture en France.

 

On oppose souvent deux types d’agriculture :

 

-         l’agriculture de masse (par exemple les céréaliers)

-         l’agriculture de proximité (agriculture biologique, le maraîchage, les circuits courts de commercialisation)

 

l’attente de la Société actuelle peut se résumer en quatre points :

 

a)      l’environnement

b)      l’attente en terme de qualité et de prix

c)      fonction non productive de l’agriculture

d)      la souveraineté alimentaire et la sécurité alimentaire

 

a)      l’environnement

 

C’est la question de la pollution agricole. Il convient de noter que nous avons fait de grands progrès par rapport aux années après-guerre. Mais les schémas de production, nous n’en sommes peut être jamais sortis. Faut-il en sortir ? On a peut être omis de se soucier du technique et de la recherche pour en sortir .

 

Je pense que l’on a jamais mangé aussi sainement qu’aujourd’hui (disparition du risque d’intoxication alimentaire)

 

C’est pourquoi il convient d’être mesuré. La vraie question de l’environnement c’est qu’il n’y a pas eu de recherches pour aller vers d’autres méthodes. Les accords de Grenelle ont été perçus par les agriculteurs comme une sanction, en 2020 nous devrons diminuer de 50 % les produits phytosanitaires. En pratique, avec notre système actuel de production  si on enlève les outils par exemple pour désherber nous ne possédons pas de solutions alternatives.

 

La question de l’environnement apparaît aux yeux de l’agriculteur comme une contrainte. On conditionne aujourd’hui les aides de Bruxelles aux normes environnementales. L’agriculture est assaillie de normes.

 

Par exemple, l’agriculteur doit réserver un pourcentage de son exploitation agricole à des mesures topographiques tels qu’un bois isolé…Les jachères n’existant plu, l’agriculteur doit sous forme de déclaration indiquer ces mesures topographiques telles qu’une bordure de bois, parcelle jachère en herbe…L’idée est de figer le paysage, répertorier un arbre isolé, un bois …

Tout cela est mal vécu par nous, l’agriculteur n’a pas bouleversé le paysage mais la façonner ; Ceci apparaît comme une sanction.

 

Quelle est la finalité de ces mesures ?

 

Le moral des campagnes est en berne.

 

Doit-on produire, entretenir un paysage ? Notre mission est à coup de bâton et d’aides. Le nombre d’agriculteurs ne cesse de diminuer.

 

b)      Attente en terme de qualité et de prix

 

L’agriculture de proximité représentative d’une certaine qualité coûte en général plus chère que l’agriculture de masse standardisée.

 

L’opinion publique se contredit. Il y a une volonté du consommateur d’acheter des produits de qualité à moindre coût.

 

Comment répondre à cette question là.

 

 Je pense qu’il y a de la place pour l’agriculture de proximité et l’agriculture de masse. Les surfaces de l’agriculture sont telles qu’elles ne peuvent pas être entièrement transformées en agriculture de proximité.

 

Par exemple, en Ile de France, 50% du territoire est agricole.

 

Il faut savoir que nous sommes passés du 1er au 2ème rang en terme d’exportations agricoles.

 

Il faut développer l’agriculture de proximité, mais il faut savoir actuellement qu’on importe plus de produits biologiques qu’on en produit en Ile de France.

 

Et en même temps les maraîchages par exemple ont beaucoup de difficultés pour pérenniser.

 

Il faut savoir qu’une salade produite en France sera toujours plus chère qu’une salade produite en Espagne par exemple, en raison :

-         du coût de la main d’œuvre qui est 5/6 fois plus cher par rapport à l’Espagne.

-         Le logement en Ile de France difficile pour des saisonniers.

L’Europe avance mais pas suffisamment vite, il existe des distorsions entre les pays intenables.

 

Un maraîcher a essentiellement de la main d’œuvre permanente (quid de l’argument politique relative à  la mesure d’exonération totale prise sur la main d’œuvre occasionnelle ?)

 

Il ne faut pas oublier également le coût énergétique élevé, le consommateur demande des produits toute l’année (coût de la production sous serres).

 

c)      Fonction non productive de l’agriculture

 

Missions de l’agriculteur non rémunérées et méconnues telles que :

-         le ramassage des ordures en bordures de routes

-         l’entretien /élagage des bois communaux (du paysage). L’agriculteur façonne le paysage.

-         Fonction sociale de l’agriculteur : ancré sur son territoire il est la mémoire de ce dernier. En Ile de France, il existe des villages sans siège d’exploitation.

 

d)      Souveraineté alimentaire et sécurité alimentaire/ aspect européen.

 

Certains pays du monde manquent de nourriture à un moment donné. Les générations actuelles dans notre pays ne savent plus ce que sait de manquer.

 

Question essentielle. Echéance fin 2010 de la énième PAC. Il faut rappeler les crises de 2007 et 2008 avec l’augmentation du prix des céréales, certains pays ayant un pouvoir d’achat n’ont pu accéder au blé.

 

Un accident climatique grave dans un pays aura pour conséquence d’augmenter les prix par exemples des céréales.

 

La profession agricole demande une régulation des cours (disparité entre les années actuellement, danger).

 

Aujourd’hui au niveau de l’Europe on a dérégulé les marchés, ils ont été livrés aux marchés financiers, la libéralisation des échanges (la mondialisation) est dramatique pour les exploitations.

 

Le malheur des uns fait le bonheur des autres, tout cela n’est pas très charitable. On a considéré à un moment donné l’agriculture comme une industrie. Or, on vend le blé au prix où on veut bien nous l’acheter.

 

Avec la législation BARNIER, le monde agricole n’a plus de filet de sécurité. 

 

Actuellement et c’est malheureux à dire « pour vivre correctement il faut que l’on ait un accident climatique chaque année ». Peut-on se satisfaire de cette situation ?

 

II)  Mon engagement.

 

Je pourrais attendre l’accident climatique, mais j’ai un désir profond de ne pas accepter les choses telles qu’elles sont et de vouloir les faire bouger.

 

J’ai été « happé » par le syndicalisme agricole. Cela permet un certain recul par rapport à l’accomplissement de son travail . Que faut-il défendre, dire, pas simple car les opinions diffèrent dans le monde agricole ?

 

Nous sommes dans une Société où l’individualisme fait référence, il faut fédérer, impulser une dynamique.

 

Il faut que l’agriculture soit économiquement viable, que dans chaque système l’agriculteur arrive à vivre de son métier et ce pour le plus grand nombre d’agriculteurs.

 

On perd environ un département français tous les dix ans soit 80 000 hectares par an.

 

Aujourd’hui, avec la logique d’augmenter ses surfaces pour maintenir ses revenus, on a du mal à prendre du recul sur ce qu’on fait. L’agrandissement n’est pas la solution. Il faudrait pourvoir vivre avec ce qu’on a.

 

L’exposition médiatique (sphère politico-médiatique) n’est pas facile à gérer au quotidien

(famille…), nécessité de préserver ses proches. Propos parfois coupés par les médias au montage. Mais c’est une bonne expérience.

 

L’autre difficulté est de travailler pour l’intérêt général alors que l’agriculture est diverse.

 

Etre Chrétien apporte une autre dimension intéressante à mon travail. J’ai une force inexplicable, j’ai l’impression d’être guidé. Il faut savoir écouter et défendre ce qui est juste et bon.

 

Notre situation agricole est en phase ave ce qui se passe dans le monde de tous les jours.

 

On a du mal à être entendu. Il convient de retrouver un sens à son travail, aujourd’hui on nous demande de produire bio et en même temps est-ce que le consommateur est prêt à manger, par exemple, de la viande seulement une fois par semaine ? C’est du coup par coup, un peu un bateau ivre.

 

Autre exemple : dans le cadre de la loi d’harmonisation agricole, un travail avait été effectué sur les distributeurs automatiques dans les lycées de fruits et légumes, ce qui faisait vivre des arboriculteurs, disparition de ces distributeurs en raison de la « politique » actuelle qui demande de ne pas manger trop gras ou trop sucré.

 

Etre chrétien, cela donne du sens à la vie

 

 

III)L’indépendance alimentaire :

 

Cette question ne se pose qu’au niveau européen. La question agricole est essentiellement européenne. Avec l’augmentation significative de la population mondiale et avec les schémas actuels, nous n’arriverons pas à nourrir la planète.

 

A mon sens, la question de l’indépendance alimentaire est un défi majeur du XXIème siècle.

 

1992 a été une année charnière pour l’agriculture. Avant cette date, il n’y avait pas de soutien direct aux agriculteurs mais un système de prêts. En 1992, la décision a été prise de verser des aides directes aux agriculteurs, car on savait que le prix de vente ne leur permettrait pas de vivre. Véritable engrenage.

 

On a pris les choses à l’envers. On a soumis les aides à des normes environnementales, ceci est perçu par les agriculteurs comme une contrainte. L’environnement est perçu ainsi comme une charge .

 
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