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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 21:18

catho écolo

 

Catho et écolo c’est possible !

 

Xavier Guiomar, membre d’Europe Ecologie Les Verts (responsabilités locales, régionales et nationales), conseiller municipal de Châlo Saint Mars. Laïc engagé à la Mission de France.

 

Introduction :

 

Je peux dire que c’est ma conception du baptême qui m’a conduit à la politique et à l’écologie politique. J’associe en effet particulièrement le baptême à la notion de responsabilité (liée à la responsabilité de roi dans « prêtre prophète et roi »), la responsabilité à la politique, et le cœur de la raison politique au maintien de la vie sur terre, donc à l’écologie politique. Responsabilité baptismale, politique et écologie sont donc chez moi les trois sommets d’un même triangle, chacun autonome mais chacun lié aux autres et inspirant les autres. Je parlerai donc ce soir de mon adhésion à l’écologie à travers l’adhésion politique, ce qui est un angle de vue parmi beaucoup d’autres possibles sur les liens entre foi et écologie (on aurait pu notamment passer beaucoup de temps sur de l’exégèse, notamment autour du récit symbolique de la Genèse et les relations qu’il décrit entre l’homme et la nature).  

 

3 piliers principaux dans mon adhésion à l’écologe politique :  

 

  1. Le primat de la défense de la vie sur terre, d’une terre habitable.

Pivot des autres politiques et non chapitre parmi les autres ou verdissement de l’ensemble, après coup, une fois les différentes logiques sectorielles abouties. Au dessus et en pivot de toutes les autres questions, y compris chômage, pouvoir d’achat, migrations…

Car le constat est accablant et ce constat divise. On ne pourra pourtant pas dire qu’on ne savait pas : l’humanité a franchi depuis plusieurs décennies un point de non retour, et la récente conférence de Durban sur le climat est une manifestation de plus de la non prise au sérieux des enjeux et des menaces qui s’accumulent en particulier sur les populations les plus fragiles. Depuis les années 70-80, l’augmentation de la population mondiale mais surtout l’augmentation de la consommation par habitant place l’humanité en surrégime par rapport aux ressources et aux capacités d’absorptions des différents types de déchets (co² notamment) de la planète. C’est bien connu il faudrait 3 planètes pour permettre à chacun de vivre comme un Français, 5 pour généraliser le mode de vie des USA, tandis que le niveau de vie chinois moyen correspond aux ressources et à l’absorption de déchet disponible avec 7 milliards d’habitants.

Ces constats demandent au militant écologiste une cohérence beaucoup plus quotidienne et manifeste il me semble que celle à la quelle invite l’adhésion à une autre formation politique, quelle qu’en soit le pivot. Les rassemblements EELV sont ainsi toujours l’occasion de tenter un peu plus de cohérence collective, notamment sur l’alimentation proposée.   

J’ai personnellement beaucoup de mal à comprendre comment certaines spiritualités chrétiennes peuvent faire l’impasse sur cette question de vie ou de mort pour les générations futures comme pour les générations actuelles de certaines parties du monde, exposées à des nombreux risques par nos modes de vie. Je les qualifie de « spiritualités irresponsables ». Pour parodier la psaume, Politique et vérité se rencontrent, Ecologie et Justice s’embrassent. Le commandement « tu ne tueras point » est directement adressé à nos modes de vie, et donc à nos politiques. C’est ce que rappelle la Commission Sociale des Evêques de France dans Le respect de la Création en 2000 (l’Eglise de France n’avait pas aussi clairement pris position avant, tandis que quelques textes romains sont régulièrement publiés sur cette question notamment aux 1 janvier en faisant le lien Paix et Respesct de la Création) dont voici un extrait :  

 

Chaque chrétien accepte facilement de se reconnaître spontanément responsable de l’aide aux démunis, de la protection des personnes handicapées, de la visite des malades. Mais se préoccuper de la préservation de l’environnement, voilà qui continue de surprendre la majorité de nos frères et sœurs dans la foi ! Pourtant la dégradation de l’environnement touche d’abord les plus démunis. Une nouvelle inégalité apparaît entre les pays riches, capables de se payer un bon environnement, et les pays pauvres, incapables de le faire et devenant parfois les poubelles des pays riches.

 

(…) Chaque chrétien est appelé à se convertir au Créateur. Il doit repenser fondamentalement ses habitudes de vie, qu’il s’agisse de nourriture – il convient de revaloriser la frugalité et la modération -, des moyens de transports, des achats de biens d’équipements, du choix de destination des vacances, ou du renoncement aux gaspillages inconsidérés. Toutes nos décisions ont des conséquences à long terme sur notre propre environnement et sur celui des générations qui nous suivront. Chaque consommateur comme chaque producteur, dans un esprit de civisme écologique, doit avoir le souci des déséquilibres que peuvent engendrer ses habitudes. La clef de la reconstruction écologique au niveau mondial passe par un comportement d’autodiscipline de la part des habitants des pays les plus avancés. « Il n’est pas juste qu’un petit nombre de privilégiés continuent à accumuler les biens superflus en dilapidant les ressources disponibles, alors que des multitudes de personnes vivent dans des conditions de misère, au niveau le plus bas de la vie » (Jean-Paul II, 1990). »

 

Il s’agit bien de défendre l’humanité dans et avec son écosystème et non de déifier la nature. Le défi est, comme le dit la théologienne Héléna Lassida, de passer de la menace des dérèglements à des propositions d’alliance avec le vivant.

 

2. La recherche de la qualité de vie plutôt que celle du pouvoir d’achat, de la consommation, de la croissance sans fin (mythe hallucinant). C’est une vraie distinction entre un discours EELV et un discours d’une autre formation politique de droite, de gauche ou du centre qui ne manquent jamais de se terminer par ce credo consumériste. Si on a une résidence de 50 pavillons avec 50 jardins de 100 m² chacun, faut-il vraiment 50 tondeuse pour créer de la croissance et satisfaire le pouvoir d’achat ? Ou une dizaine de tondeuses mutualisées, ce qui crée du lien de partage, diminue la consommation tout en libérant un budget (et les emplois induits) dans d’autres secteurs (alimentation, culture, logement…). On peut améliorer de beaucoup la qualité de vie des personnes en gérant autrement les ressources plutôt qu’en les surexploitant dans la logique du consommer plus pour vivre mieux. Combien de fois l’Evangile appelle-t-il à na pas amasser ? Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre disait Gandhi.

Pour certains les préoccupations écologiques restent cependant un luxe, comme dans le film réalisé par le Conseil général de l’Essonne sur les agendas 21 ou une jeune femme de Corbeil explique non sans pertinence que quand elle en sera à se poser des questions environnementales c’est qu’elle aura résolu tout le reste. Et de confier son énervement à voir des étudiants parisiens satisfaits de venir à la fac à vélo alors qu’elle fait de longs trajets en RER pour s’y rendre. Mais le défi du politique et en l’occurrence de l’écologie politique c’est bien de donner à ces enjeux du quotidien autour de l’alimentation, de l’énergie, des transports ou du temps de travail une dimension à la fois globale et locale en interrogeant nos responsabilités et nos marges de manoeuvre individuelles et collectives. Passer de la confrontation aux limites à la reconnaissance des promesses qu’offrent d’autres modes de vie.  

 

3. Une vision nécessairement universelle (catholique en grec) et coopérative


 La conscience que les vrais problèmes sont planétaires donnent je pense une certaine hauteur de vue aux élus écologistes. Ils sont surtout davantage compris dans les sphères en charge de ces questions transnationales, comme l’Union Européenne où la France a élu plus de députés verts que socialistes au dernières élections, et où le groupe verts est je pense sincèrement celui où les députés travaillent le plus pour ce qui est perçu comme l’intérêt commun européen plutôt que pour les intérêts nationaux. Les doubles cultures de Cohn Bendhit ou d’Eva Joly sont emblématiques, mêmes s’ils en payent aussi le prix politique dans certains milieux.  

Je pense qu’on peut observer les mêmes réflexes aux échelles régionales. Les écologistes ont ainsi été les seuls à réagir au Conseil régional sur un projet où il s’agissait de « prendre des emplois » à la Normandie. Le but d’une région est-il de « piquer » des emplois aux voisins pour avoir un meilleur bilan dans une course à la « compétitivité » ou de réfléchir en terme de complémentarité et de coopération ? Oui, je crois que l’écologie politique ouvre à une certaine universalité de la conscience qui n’est pas sans liens avec la notion de fraternité. C’est aussi ce lien qui relie davantage entre eux les altermondialistes qu’avec leurs propres compatriotes.

Cette universalité commune à l’Eglise et à l’écologie connaît convergences et divergences. Ainsi, après la catastrophe de Fukushima, les évêques japonais ont appelé à une sortie immédiate de leur pays du nucléaire. Mais le rôle de l’Eglise n’était-il pas en amont de poser la question du risque encouru par la planète entière et pour des générations quand ce pays aussi touché par les événements sismiques a fait le choix répété du nucléaire ?

Le Vatican se montre aussi encore assez favorable aux OGM tandis que nombre d’ONG catholiques dénoncent les ravages économiques, sociaux et environnementaux de cette appropriation du vivant par quelques firmes.  

Je terminerai ce point en répondant à une question souvent posée : pourquoi l’écologie politique est-elle ancrée à gauche ? La raison principale est à mon avis que la situation écologique planétaire ne peut plus se passer d’une forte régulation politique des activités économiques pour limiter la casse, notamment du changement climatique. Or la régulation de l’économique par le politique est une des marques de fabrique de la pensée politique de gauche. C’est ainsi par exemple que le concept de « souveraineté alimentaire » (le droit des peuples à choisir et à produire leur propre alimentation) nécessite lui-même une capacité politique à protéger un marché intérieur des exportations à bas prix, et donc du libéralisme cher à l’OMC. Les dérèglements globaux auxquels nous sommes confrontés demandent clairement une gouvernance mondiale pour préserver l’intérêt général et à long terme face aux intérêts particuliers (notamment de la finance) à court terme. L’écologie ne peut progresser sans au moins deux alliés sur les trois principaux acteurs des changements : les acteurs politiques, les acteurs économiques et la société civile, plus ou moins organisée, du consommateur à l’ONG internationale. 

 

Quelques points de concordance ou dissonance entre foi et engagement politique écologiste 


1.      La politique, s’inscrit comme la foi chrétienne en opposition à « l'idée pré-chrétienne de destin, de tragédie grecque » (JC Guillebaud)


L’Evangile et le baptême appellent incessamment à lutter contre les condamnations et les fatalismes. Cette lutte contre ce qui opprime l’homme amène à s’interroger sur les causes des oppressions. Et c’est là le basculement vers l’interrogation politique. Dom Helder Camara, évêque Brésilien, disait « quand je donne mon pain aux pauvres on me prend pour un saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres on me traite de communiste ». L’Eglise appelle pourtant aujourd’hui à l’engagement politique comme l’illustre bien cet extrait du document Réhabiliter la Politique, en 1999, par la Commission sociale des Evêques de France :

 

« L’Eglise ne sort point de sa mission quand elle prend la parole dans le champ politique : il y va de l’homme et de l’humanité. Comment pourrait-elle ne pas faire retentir sans cesse l’interrogation lancée dès les premières pages de la Bible : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Genèse 4.9) ? Le domaine de la politique n’est-il pas, selon la célèbre phrase du pape Pie XI, « le champ de la plus vaste charité, la charité politique » ? Agissant pour le bien commun, au service de tous et sans ambition de pouvoir, les chrétiens se sentent à l’aise dans une société démocratique et laïque. Ils lui apportent leur contribution, sans accepter que leur foi soit reléguée dans le « sphère du privé ».,.

 

Le « qu’as-tu fait de ton frère » raisonne terriblement dans ces paysages dévastés par la surexploitation industrielle ou agricole à travers le monde.

 

2.      Avoir raison ou faire évoluer  


Un autre point commun entre la parole du croyant et celle du politique en général et de l’écologiste en particulier est la question du but recherché dans le dialogue. J’ai mis un certain temps à comprendre qu’en politique l’important n’est pas d’avoir raison le premier mais d’influer sur le cours des choses, ce qui est différent. Si on subit un nouveau Fukushima dans quelques années, nous ne pourrons pas dire en tant qu’écologiste, « on vous l’avait bien dit », car nous serons co-responsables de ne pas avoir réussi à convaincre.    

 

3.      La difficulté d’adhésion à une pensée globale


Nous sommes dans une époque où l’engagement politique fait peur. Peur d’adhérer à une pensée globale qui se décline en paroles officielles sur quasiment tous les sujets de société, alors que la tendance individuelle est plutôt à la mobilisation éclaire pour des causes les plus précises possibles. Cette répulsion pour une pensée globale et globalisante touche aussi l’Eglise et son discours, large, articulé, reposant sur des siècles de traditions. Mais passe t-on facilement d’une adhésion de foi à une adhésion politique ? Je pense que la connaissance de l’Eglise peut aider un croyant à réaliser la différence entre unité et uniformité, et ainsi à ne pas craindre l’adhésion à un parti où il retrouvera en interne une grande diversité de styles. Mais à l’inverse la notion d’adhésion est telle chez les catholiques (membres de l’Eglise qui est Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de l’Esprit !) qu’il peuvent être effrayés à l’idée de dupliquer un tel niveau de « don de soi » à une autre totalité dont on ne devine pas forcément les actuelles et futures prises de position sur tel ou tel sujet. L’écologie politique apparaît a fortiori comme une idéologie particulièrement globalisante et interrogeant chaque choix de la vie quotidienne.

Personnellement, c’est l’universalité de la condition humaine partageant un même écosystème qui m’a porté vers les questions de responsabilité, notion qui rejoint ma conception du baptême, et m’a invité à prendre ma place dans un collectif tourné vers cet objectif à la fois global et local du maintien de la vie sur terre avec l’humain au centre. La peur de voir sa pensée englobée dans une pensée collective a fait assez vite la place à une multitude de visages qui incarnent autant de manière de vivre des convictions relativement communes, mais qui incarnent surtout des liens humains plus solides que les proximités conceptuelles.       

 

 

Par 2012 Invitation/ 8 janvier/ presbytère d'Etampes
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